Shutter Island de Denis Lehane

Shutter Island de Dennis Lehane

Le roman noir est toujours source d’inspiration pour le cinéma. De Chandler à Ellroy en passant par le roman à énigme d’Agatha Christie ou le psychologique de Simenon. Dennis Lehane, qui avait déjà rejoint la liste grâce à l’adaptation par Clint Eastwood de son roman Mystic River, se voit à nouveau à l’affiche avec l’adaptation par Scorsese de Shutter Island
.
Il faut dire que l’intrigue est tentante pour un cinéaste. Deux détectives chargés d’enquêter sur une mystérieuse disparition dans un hôpital psychiatrique, lequel est isolé (vraiment coupé du monde) sur une île aussi inquiétante que ses occupants. L’artifice peut paraître éculé tant il a été utilisé. Qu’on pense à King Kong, Les évadés d’Alcatraz, ou plus loin dans la littérature Robinson Crusoe de Defoe, l’île fantastique de Jules Verne qui a servi d’inspiration à Spielberg pour son Jurassic Park, L’île (Seom) du coréen Kim Ki-duk… Impossible de tout recenser.


Pourtant dans Shutter Island, la géographie du lieu est plus qu’un prétexte. Ni simple métaphore, ni facilité d’écriture, l’île est un personnage à part entière. Peut-être même LE personnage du livre (film). C’est là que le génie de Scorsese rejoint celui de Lehane. Nous perdre dans un espace labyrinthique, sans repères stables, où tout est sujet à caution. Le soupçon, aussi bien dans le roman que dans son adaptation, traverse l’intrigue, les dialogues, les personnages dans leur présence physique ou supposée (la disparition impossible d’une pensionnaire) du début jusqu’au dénouement qui résout et explique avec le force de l’évidence, certes, mais ne peut nous débarrasser totalement du sentiment qu’on nous manipule encore.
Pour ceux qui ont déjà lu le roman, le film apportera autrement plus qu’une illustration. Parler de fidélité au livre serait absurde tant les supports sont différents. Scorsese fait oeuvre de création, sait s’écarter de l’écrit et jouer du potentiel de l’image à un niveau qu’on avait oublié depuis longtemps. Aviator, Gangs of New York, laissaient présager la fin d’un grand réalisateur. Ici, l’image est toujours motivée, délaisse une esthétique froide pour servir le propos, l’atmosphère délétère du film.
Un bémol cependant dans le choix de Di Caprio. Devenu mascotte du réalisateur depuis que De Niro est trop vieux (sic), son interprétation dans Shutter Island manque de poids malgré ses indéniables qualités d’acteur.
Définitivement, Shutter Island est un film à voir et un roman à lire, peu importe l’ordre.

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